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Je reviens dans cet article sur une rencontre que nous avons faite grâce au CFFD-Terre Solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement). Nous avons reçu à la Fustière le 24 mars dernier un partenaire du CCFD, Daniel Sanchez Galarza. Ce bolivien de 29 ans, est technicien agricole et responsable de projet pour le CIPCA (Centre d’enquête et de promotion des paysans). Ce projet, soutenu par le CCFD-Terre Solidaire, a pour objectif de soutenir des politiques publiques favorables à la population rurale de la région Amazonie des départements de Pando, Beni et Santa-Cruz et Pan Amazonie. Le journal de la visite en Ariège de Daniel Sanchez Galarza est visible ici.

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Durant la visite de la ferme nous avons présenté les techniques que nous employons sur nos cultures de légumes, de céréales, de fourrages et sur les arbres fruitiers. A chaque fois que nous évoquions une façon de faire, Daniel répondait en écho avec un technique similaire utilisée en Amazonie ou à d’autres endroits de son pays. Ainsi, nous avons pu nous rendre compte que l’agriculture paysanne repose bien sur un socle commun de pratiques avec le même objectif de bâtir un agroécosystème pour se nourrir.

L’agriculture paysanne et familiale est donc bien une réalité à l’échelle de la planète. La majorité des agriculteurs dans le monde sont des paysans peu mécanisés qui prennent soin de la terre avant tout pour nourrir leur famille et leurs proches. Notre soit-disant modèle occidental et notamment français ne reflète absolument pas une tendance générale à l’échelle de la planète.

Le 5 mars dernier, la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) a publié une déclaration à la suite de son assemblée générale qui a eu lien à Evenstad en Norvège. On peut y lire que l’ « agriculture familiale est et reste le modèle le plus répandu et le plus durable pour la production alimentaire en Europe et dans le monde. Les fermes en Europe font 14 ha en moyenne, dont plus de 69 % faisant moins de 5 ha et seulement 2,7 % plus de 100 ha« . Voilà une réalité de l’agriculture dont on parle trop peu.

Le CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement), l’équivalent de l’INRA pour l’international,  travaille, entre autres thèmes de recherche, sur l’agriculture familiale. Voici comment elle est définie :

 » Pour caractériser les agricultures familiales, une première option consisterait à prendre en compte la taille de l’exploitation. Ainsi, pour les 81 pays dont les données sont disponibles :

  • 72 % des exploitations utilisent moins de 1 hectare
  • 85 % ont moins de 2 hectares.
  • 94 % moins de 5 hectares.

Mais la taille est un critère trop dépendant des contextes locaux et nationaux.

Pour la recherche, il est plus intéressant de considérer des critères de fonctionnement. Selon ces critères, une exploitation familiale est d’abord une exploitation dans laquelle :

  • seuls travaillent à plein temps les membres de la famille : ils ne sont pas liés par des rapports de salaire, mais par des liens domestiques. Le travail crée des liens forts entre la famille et l’exploitation.
  • une partie de la production est consommée par la famille elle-même : les agricultures familiales alimentent, certes, les marchés, mais l’autoconsommation est aussi un produit de ce travail.
  • le capital est familial : il est indissociable du patrimoine familial.

Les agricultures familiales occupent des milieux, des espaces et des territoires très diversifiés : elles manifestent ainsi une grande capacité d’adaptation par leur connaissance des milieux, en valorisant notamment des territoires fragiles, non accessibles à une agriculture industrialisée. »

Agriculture familiale paysanne et agroécologie sont étroitement liées. En France, le collectif pour une agroécologie paysanne s’est créé récemment pour défendre et promouvoir l’agroécologie paysanne en France. Dans son communiqué du 27 janvier dernier, il rappelle que « seule aujourd’hui une réinstallation paysanne massive est capable de relever les défis écologiques, alimentaires et sociaux auxquels nous sommes toutes et tous confrontés. »

Oui, l’agriculture familiale pratiquant une agroécologie paysanne est sans doute une des voies d’avenir de l’agriculture mondiale et une alternative nécessaire à l’industrialisation toujours croissante de notre agriculture.